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Edito:
Une crise majeure appelée à durer

Après deux mois de luttes contre la réforme des retraites nous avons confirmation que nous sommes entrés dans un temps long d’instabilité aiguë. Avec toutes les incertitudes qui sont généralement inhérentes à ce genre de situation. Et ce ne sont pas les palinodies de l’Élysée et de Matignon à propos de « l’âge pivot » et de « l’âge d’équilibre » qui permettront à la Macronie de se sortir de l’embourbement où sa politique l’a menée. Certes, nul ne peut nier que, dans cette partie au plus haut point compliquée, l’exécutif sera parvenu à enfoncer un coin entre les organisations syndicales. Retirant « provisoirement » l’âge pivot de l’agenda proposé à l’échéance de 2022, il aura conduit dans les règles de l’art une manoeuvre amenant la CFDT, l’Unsa et la CFTC à se considérer engagées par un « compromis » satisfaisant. Il les aura, ce faisant, conduites à valider l’entourloupe consistant à suspendre une disposition contestée du nombre des mesures destinées à instaurer des économies immédiates, mais à la conserver sous une appellation différente dans le futur mécanisme à point, l’objectif demeurant l’ajustement automatique des pensions aux recettes. Non seulement l’allongement de la durée que les salariés devront passer au travail, avant de bénéficier d’une retraite à taux plein, n’est ainsi nullement remise en cause… Non seulement la « conférence de financement » qui devra trouver sous trois mois des mesures d’équilibre financier, sous l’égide de représentants de l’État et de la très libérale Cour des comptes, se voit empêchée de proposer la mise à contribution des employeurs et des revenus financiers, de même qu’il lui est interdit d’actionner le levier des salaires ou celui de l’égalité entre femmes et hommes… Mais, dans sa lettre de cadrage, le Premier ministre aura prévenu ses interlocuteurs que la législation à venir « prévoira que le futur système universel (comportera) un âge d’équilibre », lequel deviendra « un des leviers du pilotage collectif du système dans la durée », le gouvernement s’octroyant au demeurant la faculté de faire passer par ordonnances les mesures qu’il considère nécessaire, au cas où les « partenaires sociaux » ne parviendraient pas à un accord lui donnant satisfaction. Un scénario qui place donc les syndicats ralliés au « compromis » entre le marteau du locataire de Matignon, lequel affirme ne rien vouloir céder de sa démarche austéritaire, et l’enclume du Medef, qui ne veut discuter que d’ajustement budgétaire. Voilà ce qui s’appelle un marché de dupes ! Qui enferme les discussions (on ne peut pas, ici, parler de négociations…) dans un paradigme purement financier, et qui exclut de facto toute amélioration du système existant dans le sens d’une justice accrue. Qui interdit de faire sauter le verrou des 14% de PIB, sous lesquels devront impérativement être maintenues les dépenses consacrées aux retraites. Qui ne permettra même pas d’aborder les points auxquels les confédérations satisfaites du « compromis » se disent attachées, qu’il s’agisse de la prise en compte de la pénibilité, des inégalités devant le travail, du minimum contributif etc. Et, surtout, qui ouvrira la voie, à la fois, au recul de l’âge de cessation d’activité et aux fonds de pension. L’article 64 du projet de loi soumis à l’adoption du Conseil des ministres le 24 janvier est, de ce dernier point de vue, éloquent : il exhorte sans vergogne le « secteur de l’assurance » à « se mobiliser » afin de « renforcer l’attractivité » des plans d’épargne auprès notamment des catégories percevant plus de 10 000 euros par mois, dont les cotisations sont censées baisser, de 28% actuellement à seulement 2,8%… Toute la philosophie de la contre-réforme se dévoile ici. Elle n’a d’autre visée que de transformer le montant des pensions en variable d’ajustement de ce fameux équilibre financier qui sert de mantra aux prêcheurs fanatiques du néolibéralisme ; s’appuyant sur une étude d’impact du projet gouvernemental, le quotidien Les Échos aura pu à bon droit, le 20 janvier, considérer que « lorsque les premières générations touchant une pension universelle seront en âge de la réclamer (génération 1975, en 2037), l’âge d’équilibre serait de 65 ans », ce dernier devant néanmoins « atteindre 67 ans autour de 2060 ». Loin d’aboutir au principe d’universalité proclamé, elle aboutira en réalité au dynamitage de l’exigence de solidarité qui fondait, depuis la Libération, notre protection sociale. De surcroît, elle viendra couronner les dispositions déjà mises en oeuvre dans le cadre de la loi « Pacte » qui, elle-même, transposait déjà dans le droit français les directives européennes incitant à la libéralisation du commerce de ces produits financiers que représentent les plans d’épargne retraite privés. À qui penserait que je force outrageusement le trait, je conseille vivement de lire l’articulet de Monsieur Fiorentino, dans la dernière livraison de L’Obs, le magazine de la gauche macroniste. Il y explique sans fard que la réforme des retraites « permet aux Français qui ne le savaient pas encore de comprendre que la retraite par répartition n’est plus suffisante. Compte tenu du déséquilibre financier durable de notre système de retraites, le taux de remplacement, le rapport entre la pension versée et le dernier revenu d’actif va continuer à s’éroder. Lentement mais sûrement. (…) Dès lors, il n’y a aucune autre issue que d’épargner pour compenser, partiellement au moins, sa perte programmée de pouvoir d’achat » (L’Obs, 16 janvier 2020). Il n’en faut que davantage déplorer que Laurent Berger ait lui-même construit le piège dans lequel il est en train de se faire prendre. Que son organisation fût, depuis longtemps, adepte de la retraite à point entretenait naturellement un débat, et même une divergence forte, au sein du syndicalisme et du camp progressiste. Cela ne le prédisposait cependant pas à accepter de s’asseoir à une table de négociations en trompe-l’oeil, après s’être retiré du rapport de force que la grève des cheminots et des agents de la RATP aura contribué à instaurer sur plusieurs semaines d’affilée. Bien qu’ils montrent aujourd’hui leurs muscles, Messieurs Macron et Philippe viennent en effet de révéler la grande fragilité de leur dispositif de pouvoir. À bien y regarder, d’ailleurs, le fait que l’exécutif ait dû consentir un bouger, retirant fût-ce temporairement son « âge pivot » après avoir trompetté qu’il demeurerait jusqu’au bout droit dans ses bottes, n’est pas particulièrement un signe de force. Il était dès lors possible, et il l’est toujours, de lui imposer de reculer…


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